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Le charbon de Saint-Jean…

Posté par erwandekeramoal dans TRADITION

Amis de l’apophtegme et du Coco boer réunis, bonjour ! Cahin caha nous avons atteint ce vendredi 21 juin 2013, 3è jour de messidor, qui marque le solstice d’été et que ces mécréants de révolutionnaires avaient dédié à l’oignon. J’ai longtemps hésité à consacrer ce billet à la fête de la musique, Jack Lang, le solstice d’été, la soupe à l’oignon, le championnat de France de cyclisme qui se déroule ces jours ci tout près de Keramoal en plein Léon, pays de l’oignon. Finalement j’ai opté pour la St Jean et ses feux.

Je me souviens qu’enfant, le feu de St Jean mobilisait tout le quartier. Jeunes etimages moins jeunes se démenaient des jours et des jours avant l’événement pour
réaliser le tas de bois le plus grand qui soit. Et puis il fallait assurer sa surveillance car, une tradition tenace voulait  que les bandes des autres quartiers tentent de s’emparer du butin ainsi stocké. Il y avait une expression intraduisible, on disait; « faire an hi erez », c’est du douarneniste qui vient du verbe « jalouser » je crois. Le quartier du Port Rhu qui était le théâtre de nos exploits voyait s’affronter les bandes de l’Enfer, du Treiz et de l’usine à gaz (la seule à revendiquer l’appellation d’origine port-Rhu).

 

On n’étonnera personne en déclarant que fêter la Saint Jean n’a pas grand chose de catholique (!) ni même de très chrétien. Une fois de plus, un vernis chrétien est venu s’ajouter à une tradition particulièrement ancienne et qui fleure bon le paganisme. Mais si puissant était le culte du feu que l’église se garda 54393981_pbien d’y toucher. Au pire elle tenta de l’apprivoiser et les fêtes du solstice furent dédié à Jean-Baptiste (y-a pas de petit profit). Mais la Saint-Jean n’avait pas que ses feux : elle avait aussi ses herbes, ses fameuses herbes de la Saint-Jean qui, cueillies le matin, pieds nus, en état de grâce et avec un couteau d’or, donnaient pouvoir de chasser les démons et de guérir la fièvre. On sait que, parmi ces fleurs mystérieuses, se trouvait la verveine, la plante sacrée des celtes. On la cueille encore sur les dunes de Saintonge en murmurant une formule bizarre, nommée la verven-Dieu et dont le sens s’est perdu.

De quelqu’un qui se couchait tard, on disait jadis : « Il est allé ramasser un charbon de Saint-Jean ». Le fait est que ces charbons passaient en Bretagne pour avoir toutes sortes de propriétés merveilleuses. Il en suffit d’un, recueilli dans les cendres du tantad, et dévotement placé, au retour, dans un coin du foyer, pour préserver la maison de l’incendie et de la foudre. On disait encore qu’en balançant les nouveau-nés devant la flamme de trois tantads, on les gardait à tout jamais contre le mal de la peur…

En quelques paroisses de la Haute-Cornouaille, la cérémonie avait d’ailleurs une conclusion assez funèbre : quand les danses avaient cessé et que le feu était près de s’éteindre, on l’entourait de grandes pierres plates destinées, à servir de siège aux anaon, aux mânes grelottants des pauvres morts de l’année, avides 54393856_pde se reposer quelques heures en tendant leurs mains débiles vers les cendres… « A Brest, la Saint-Jean a une physionomie particulière et plus fantastique encore que dans le reste de le Bretagne. Vers le soir, trois à quatre mille personnes accourent sur les glacis ; enfants, ouvriers, matelots, tous portent à la main une torche de goudron enflammée, à laquelle ils impriment un mouvement rapide de rotation. Au milieu des ténèbres de la nuit, on aperçoit des milliers de lumières agitées par des mains invisibles qui courent en sautillant, tournent en cercle, scintillent, et décrivent dans l’air mille capricieuses arabesques de feu : parfois, lancées par des bras vigoureux, cent torches s’élèvent en même temps vers le ciel, et retombent en secouant une grêle de braie enflammée, qui grésille sur les feuilles des arbres ; on dirait une pluie d’étoiles.  » extrait d’un article paru au XIXè. Je me demande si ce n’est pas du Ch. Le Goffic ? A vérifier.

Aujourd’hui, le Port-Rhu s’est transformé en marina, les cendres de nos feux sont à jamais dispersées et c’est Daniela Lumbroso qui fait office de druidesse cathodique… Ma doue beniget ! Allez, portez vous bien et à demain peut-être.