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La légende de Keben Lokorn…

Posté par erwandekeramoal dans TRADITION

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Amis de l’histoire bretonne et de la randonnée pédestre réunies, bonjour ! Nous sommes le samedi premier jour de juin 2013 mais 13è jour de Prairial dédié au Pois. En Bretagne on célèbre (ou pas) les Ronan, ce qui, convenez-en, n’a strictement rien à voir … Mon aïeule, qui avait une vision toute particulière de la pédagogie, attendait toujours les soirs d’hiver noirs et orageux pour nous conter l’histoire de « la Kében de Lokorn » et de Ronan. Cette légende retranscrit typiquement la lutte d’influence que se livrèrent la religion chrétienne, catholique et romaine et la vieille et très ancienne tradition druidique sur la terre armoricaine.  Je ne résiste pas au plaisir de vous la narrer à mon tour.

Or donc, Ronan, copain comme cochon avec Patrick quitta sa terre d’outre-Manche pour s’installer en Armorique et plus précisément dans le bois de Névet, non loin de Quimper. Il vivait là en anachorète seulement assisté de temps à retour-du-corps-de-saint-ronan-locronanautre par un brave fermier. La femme de celui-ci Kében (qui dit-on fricotait avec le Diable, qui lui, avait sa résidence au Juch), dénonça le saint homme l’accusant de sorcellerie et d’avoir fait mourir sa fille. Voici ce qu’en dit Albert le Grand (1636) « Les yeux chassieux de quelques Chrêtiens débauchez, ne pouvans supporter l’éclat des vertus dont l’Ame de saint Ronan estoit ornée, l’accuserent malicieusement & à tort devant le Roy Grallon (lequel estoit lors à Kemper), le calomniant d’estre Sorcier & Negromantien, faisant comme les anciens Lycantrophes qui, par magie & art diabloique, se transformoient en bestes brutes, courroient le garou & causoient mille maux par le Païs. L’Enfant d’une femme du voisné estant mort, ils persuaderent à la mere du defunt que le Saint, par ses sorcelleries, avoit tué son fils & l’amenerent à Kemper, où, en presence du Roy & de toute la Cour, elle demanda justice de saint Ronan. »

Vous imaginez la suite, le saint, en deux temps, trois mouvements et un signe de croix ressuscita la fille, pardonna à la mère et se retira dans sa forêt avec la bénédiction du roi Gradlon. A sa mort, pour savoir où l’enterrer, on mit son
DownloadedFilecercueil sur une charrette tirée par deux bœufs, et on les laissa aller. Sur le chemin la charrette rencontra Kében, qui lavait des vêtements, elle en profita pour se moquer du saint. Alors la terre s’ouvrit et aspira Kében dans les flammes et la fumée dans un lieu désormais dénommé « la tombe de Kében ». Il est quand même ajouté que Kében brisa la corne d’un buffle du convoi funéraire et la corne tomba en haut de la montagne en un lieu qui existe encore et désigné comme : Plas-ar-Horn, la place de la Corne. Depuis, on fête saint Ronan en la commune à qui il a donné son nom Locronan: Sa fête fait l’objet d’un pèlerinage  en juillet de chaque année. Ce jour-là, en mémoire du saint, les fidèles en procession font le tour des limites de l’ancien prieuré bénédictin fondé au XIe siècle et qui était lieu d’asile (minic’hi en breton). Cette procession est appelée la « troménie », (du breton tro-minic’hi, le tour de l’enceinte sacrée).

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J‘ai souvenance d’un estaminet (photos ci-dessus) sis à l’entrée de Locronan et qui s’appelait « Tal ar varrikenn » et dont le patron, après quelques verres de chouchenn, faisait semblant de se faire prier pour raconter (en breton) l’histoire de la Kében. Je crois bien qu’ils n’existent plus, ni le bistrot ni son patron.

Allez, voilà pour aujourd’hui, portez vous bien et à demain peut-être.