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Comment peut-on être breton ?

Posté par erwandekeramoal dans HISTOIRE

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Amis de la breizhitude et du crabe mayo réunis, bonjour !

Nous sommes le mercredi 02 janvier 2013, 13è jour de Nivôse dédié à l’ardoise.

Il y a cent ans, janvier 1913, parraissait le premier numéro de la revue BRUG à l’initiative de Émile Masson un socialiste libertaire. Ne pas confondre avec le mouvement Bleun Brug, association catholique d’orientation nationaliste, crée par l‘abbé Perrot (plus tard collabo notoire) en 1905.

Internationaliste farouche, Émile Masson tente de concilier cette idée avec l’identité bretonne. Ainsi, il s’oppose aux socialistes français de l’époque. Il est d’abord foncièrement contre l’idée de partis ou de syndicats (c’est son côté libertaire) qu’il juge contraire à l’intérêt de l’individu. Ensuite, pour Masson, la libération de l’individu passe par la réappropriation de son identité. Le français fait du Breton un étranger à lui-même. Dans cette optique il fonde la revue Brug (bruyère). Cette revue bilingue (breton/français) doit propager les idées socialistes et libertaires auprès du paysan breton. Or la dizaine de périodiques entièrement en langue bretonne qui sont publiés à cette date sont tous d’obédience catholique ou contrôlés par le clergé, et donc conservateurs. Et c’est cela qui effraie à proprement parler Émile Masson : « Les camarades croient-ils que c’est pour eux que ces abbés travaillent ? « .

la plupart des socialistes ne conçoivent de faire avancer leurs idées que par un centralisme farouche. De plus, ils ne voient dans les mouvements régionalistes qu’une émanation de la droite et des cléricaux( ce qui n’est pas faux à l’époque). En Bretagne, les « hussards de la république » vont largement contribuer à l’éradication de tous symptômes régionalistes (langue, traditions…) Emile Masson, qui naquit à Brest en 1869, fut pendant une vingtaine d’années professeur au lycée de Pontivy. Il fut dreyfusard, libertaire et rebelle. Il fut pacifiste pendant la première guerre mondiale. Il a été un écrivain utopiste. Il a côtoyé tous ceux qui ont compté dans la vie intellectuelle et sociale du début du XXe siècle, de Charles Péguy à Romain Rolland, de Louise Michel à Jean Grave et Kropotkine.

Laissons la conclusion à Fanch Broudic lors d’un colloque à Pontivy en 2003: « La démarche est d’autant plus originale que tout ou presque tout ce qui se publie ou s’édite en breton à la même époque se situe dans la mouvance cléricale et se positionne sur des bases conservatrices. A cet égard, on peut considérer que « Brug » se situe on ne peut même pas dire à la marge, mais véritablement en dehors du « mouvement breton » ou « Emsav » tel qu’il se manifeste au début du 20e siècle. On est en présence d’une stratégie de rupture. Une certaine idée de la Bretagne transparaît certes au travers des articles en breton de « Brug » (et a fortiori dans ceux en français de Masson lui-même), mais la revue se situe résolument et avec constance dans une démarche de transformation sociale dont on ne trouve aucun équivalent dans la presse conservatrice de langue bretonne. »

 

J‘avoue que les illustrations de couverture n’incitaient pas franchement à la rigolade. La plupart étaient signées du peintre Jean-Julien Lemordant. Allez, portez vous bien et à demain peut-être.