Chronique de la haine ordinaire…

Posté par erwandekeramoal dans HUMEUR

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Amis de la République et du sot-l’y-laisse réunis, bonjour!

Nous sommes le mercredi 2 mai, 13è jour de Floréal dédié au bâton d’or, à ne pas confondre avec le bouton d’or…

Alors qu’il fait un temps à ne pas mettre un léonard dehors, voici qu’un mien voisin vient frapper à mon huis. Je m’empresse de l’introduire et l’invite à me communiquer le but de sa visite. Le brave homme, car soyez en assuré, il s’agit d’un brave homme, m’explique tout de go qu’il fait le tour de la commune afin de récolter des signatures contre l’implantation de « gens du voyage » à proximité. Alors que j’avais déjà la main sur la bouteille de cidre comme le veut la tradition locale, je mets un frein à ma légendaire hospitalité et lui demande d’éclairer ma lanterne.

Il s’agit, me dit-il, de personnes appartenant à cette communauté, et qui viennent de faire l’acquisition d’un terrain non loin de ses propres terres, dans le but de se sédentariser. Il se fait donc l’écho de la vox populi (d’ailleurs Machin a signé, Untel aussi et même Trucmuche…) pour barrer la route à ces voleurs de poules. Lui et ses co-pétitionnaires ont bien tenté de faire pression sur le notaire, sur le maire et autres autorités mais, en vain. La famille en question n’a pas encore montré le bout de sa caravane que déjà le plus proche voisin a doublé son épaisseur de grillage de protection.

Voici comment, dans une petite commune rurale du Nord-Finistère, loin des bruits de la ville, les discours, désormais aseptisés des Le Pen, des Guéant et des Sarkozy, distillent la haine de l’autre. Les retraités se barricadent, les « voisins vigilants » se mobilisent dans le but d’empêcher des citoyens à part de devenir des citoyens à part entière. Non, décidément, les braves gens n’aiment pas que l’on suive une autre route qu’eux.

Il va s’en dire que notre honnête citoyen s’en est retourné grosjean comme devant et fort désappointé que l’on ne partage pas sa vision d’une société ségrégationniste. La morale de l’histoire est que j’ai économisé une bouteille de cidre…

Ainsi va la vie…Allez, portez vous bien et à demain peut-être.

4 commentaires

  1. Stoïc

    Bonjours à vous et aux votres amis,
    Votre mot me fait l’effet d’une piqure de rappel, car malgré toute l’admiration que l’on porte à G.Brassens, toute l’influence qu’il a pu avoir sur notre système de valeurs, il n’en demeure pas moins que chez beaucoup sans doute, dont moi même, le préjugé rode toujours, le premier réflexe est rarement l’ouverture, l’écoute, la tolérance.Il est nécessaire d’actionner la raison, de faire appel aux principes auxquels on adhère depuis longtemps ou toujours pour ceux qui sont nés dans les choux.
    C’est pourquoi, si certes on ne peut rien contre la nature humaine qui nous incite « génétiquement » à l’ostracisme. Ce qu’on peut, c’est la vigilance sur nous même et l’influence qu’il nous est possible d’exercer sur notre environnement. Votre billet en est élégamment un bel exemple.
    Ménagez vous bien et au plaisir toujours renouvelé de vous lire.

  2. Sceptique

    La charité ne peut être univoque. Je vis dans un village où une telle installation a eu lieu. Une maisonnette et son terrain ont été transformés en décharge privée et sauvage en même temps. Les voisins de cette famille ont été obligés de surélever leurs murs de séparation pour ne pas avoir leur part de détritus balancés par les occupants. La commune n’en peut mais, notre village n’étant pas classé. Le voisinage est obligé de subir.
    Ces choses là se savent, à la campagne, et le réflexe de rejet n’est pas forcément fondé sur la xénophobie, mais sur la perspective d’un « trouble de jouissance ». Le bretons ne sont pas racistes. Un de leurs villages a eu un maire noir.

    • erwandekeramoal

      c’est là tout l’intérêt de ce modeste blogue. Il y a les Sceptique, il y a les Stoïc mais, il y a débat…Merci à vous d’y participer.

  3. Stoïc

    @ Septique
    Vous écrivez: « La charité ne peut être univoque »
    Eh bien par nature la charité ne peut être qu’univoque. Sinon cela s’appelle un échange bien compris, ou encore la civilité. Peut être vous ai-je mal compris. Je ne souhaite pas, là, donner la moindre leçon de charité, n’étant pas spécialement charitable moi même. Cependant, la conscience que l’on entretien de cette priorité que l’on donne à soi même en toute circonstance pourrait , de temps en temps, influer sur nos comportements et les faire plus réellement humanistes. Le besoin d’humanisme, valeur souvent exprimée par nos futurs et actuels dirigeants ne se traduit généralement que par le fait d’en être le receveur, bien plus rarement l’émetteur. Voila pourquoi chacun reste à se plaindre de la pénurie générale.
    Tenez, un clin d’oeil à notre Cénobite préféré : seuls les artistes ( écoutez un solo de Béchet, une sonate de Mozart,…)sont peut être charitables, car ils dispensent du bien être sans, pour autant,exiger systématiquement un retour. Certains auteurs de blogs sont des artistes à leur façon !
    Cordialement.

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