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Vous avez dit: Jules Ferry…

Posté par erwandekeramoal dans HISTOIRE, HUMEUR

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Amis de l’histoire en marche et de l’apple strudel réunis, bonjour !

Nous sommes le mardi 15 mai 2012 et le nouveau président de la République va, aujourd’hui, 26è jour de Floréal dédié au Fusain, rendre hommage à Jules Ferry… Bonne idée ? Je n’en suis pas certain.

 

Nous sommes le 28 juillet 1885. Alors que l’Assemblée Nationale est écrasée par une forte chaleur, Jules Ferry fait son retour à la tribune. Jusqu’en mars dernier, il était président du conseil et ministre des Affaires étrangères. Aujourd’hui, il va donner un discours sur la colonisation… Il explique que la France s’est bien portée des colonisations précédentes, faites un peu par hasard. Il développe par la suite trois arguments en faveur de la poursuite des colonisations.

Le premier est économique. Selon lui, la fondation d’une colonie, c’est la création d’un débouché. « Les traités de 1860, dit-il, ont transformé et activé la production industrielle en France. L’industrie française ne peut plus se passer d’exportations ; or tandis que les nécessités d’exportations s’imposaient à nous, l’Allemagne s’entourait de barrières, les Etats-Unis se défendaient contre l’immigration des produits d’Europe, partout les traités de commerce devenaient de plus en plus difficiles à négocier et à conclure. » Tiens, tiens…

Le deuxième argument est celui relatif à la liberté des populations concernées. Ses réponses sont stupéfiantes. « Il faut dire ouvertement qu’en effet les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures… » « Je répète qu’il y a pour les races supérieures un droit, parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures… » « De nos jours, je soutiens que les nations européennes s’acquittent avec largeur, avec grandeur et honnêteté, de ce devoir supérieur de civilisation. » Les citations sont extraites du compte-rendu des débats paru au journal officiel.

Comme il avait voulu éduquer les enfants français par l’école obligatoire, Jules Ferry voulait éduquer les peuples qu’il considérait comme inférieur par la force. L’opposition faisait remarquer à juste titre que ce que la République proposait, c’était la guerre, la guerre à des gens qui n’avaient rien demandé, et dont on n’était même pas sûrs qu’ils étaient si inférieurs que ça.

Si ce discours de Jules Ferry est resté célèbre, la réponse qui lui fit faite par son ennemi juré Georges Clemenceau deux jours plus tard l’est encore davantage. « Je ne comprends pas que nous n’ayons pas été unanimes ici à nous lever d’un seul bond pour protester violemment contre vos paroles. Non, il n’y a pas de droit des nations dites supérieures contre les nations inférieures… Ne parlons pas de droit, de devoir. La conquête que vous préconisez, c’est l’abus pur et simple de la force que donne la civilisation scientifique sur les civilisations rudimentaires pour s’approprier l’homme, le torturer, en extraire toute la force qui est en lui au profit du prétendu civilisateur. Ce n’est pas le droit, c’en est la négation. Parler à ce propos de civilisation, c’est joindre à la violence, l’hypocrisie. »

Tout bien pesé, le bilan politique de Jules Ferry est, à mes yeux, plutôt négatif et le culte dont il est l’objet aujourd’hui ne me semble pas justifié. Allez, portez vous bien et à demain peut-être.