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LA CHANSON DE CRAONNE…

Posté par erwandekeramoal dans Non classé

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Amis de l’histoire de France et des cailles au raisin réunies, bonjour !

Ce 19 septembre fait partie des jours « complémentaires » rajoutés au calendrier républicain ; celui-ci était dédié au travail. Quelle drôle d’idée…

Je profite de cette date pour évoquer ici un épisode fort peu connu de la grande guerre 14/18. Cette boucherie m’a toujours révulsé d’autant plus qu’elle m’a privé de mes deux grands-pères qui grignotent les pissenlits par la racine du côté du chemin des dames…

Voici l’histoire des révoltés de La Courtine.

La Courtine est une commune française dans le département de la Creuse (Limousin). Pendant la première guerre mondiale, un camp militaire y sert de base d’entraînement et d’instruction. En 1917, 8000 soldats russes installèrent dans ce camp une véritable république soviètique.

Suite aux pertes énormes subies par les troupes françaises dès les premiers mois de la guerre, JOFFRE fait appel à son allié Russe (le Tsar Nicolas II) pour qu’il dépèche en France un corp expéditionnaire. Ce sont ainsi 40 000 hommes constitués d’ouvriers moscovites et de paysans de la région de Samara qui vont débarquer en France dont la troisième brigade à Brest en août 1916. Elle sera dirigé vers le front dès le mois d’octobre.

C‘est ce boucher de Nivelle qui est nommé généralissime des armées et ses ordres vont provoquer la mort de centaines de milliers de soldats. Parmi ceux-ci de nombreux russes. Oui mais voilà, Les soldats russes viennent d’apprendre, avec plusieurs mois de retard, que la révolution a fleuri dans leur pays et que le Tsar est tombé. Aussitôt, ils se constituent en soviet et décident de voter pour ou contre la poursuite de l’offensive. En attendant les résultats, leurs 1ere et 3ème brigade vont connaître de lourdes pertes dans le secteur de Reims ; en trois jours 4472 soldats et 70 officiers sont tués ou blessés. La propagande révolutionnaire s’intensifie et des tracts sont distribués, on vient d’inventer la triste et célèbre formule de « chair à canon ».

Devant la dégradation de la situation, le commandement français, par peur de la contagion, décide d’isoler les troupes russes. Les 16 000 soldats, 300 officiers et leurs 1700 chevaux sont envoyés loin du front au camp de La Courtine, nous sommes en juillet 1917. Rapidement, le refus d’obéir aux officiers est définitif, ceux-ci n’ont plus de contact avec leurs hommes et logent en dehors du camp.

Plusieurs sommations adressées aux mutins restent lettres mortes. Quelque peu effrayé par la tournure des évènements, l’état-major français décide d’acheminer neuf compagnies d’infanterie, quatre sections de mitrailleuses, trois d’artillerie et trois pelotons de cavalerie pour organiser le blocus du camp.

Le 16 septembre vers 10 heures, le premier coup de canon retentit. Les mutins répondent en jouant la marche funêbre de Chopin. Le 18 septembre 1917, soutenues par l’artillerie, les troupes russes loyalistes investissent le camp. Le bilan officiel est de plus d’une centaine de morts et, pendant longtemps les autorités françaises ont tenu secrète ce haut fait d’arme. Ceux qui furent jugé appartenir aux meneurs seront expédié sur l’ile d’Aix en détention au fort Liédot. Plus de mille seront envoyés aux travaux forcés en Algérie et 10 000 autres « s’engagent » et seront rapatriés vers Odessa en 1919. Ils restent 600 noms qui ont étrangement « disparus » de toutes les listes. Certaine tombes de soldats russes sont encore visibles au cimetière de Saint-Hilaire-le-Grand, département de la Marne.Photo de gauche.

Voir le travail de Rémi Adam sur : Histoire des soldats russes en France – chez l’Harmattan. En vidéo: La chanson de Craonne par Marc Ogeret.

Voilà pour ce début de semaine, en attendant la suite, portez vous bien et à demain peut-être.