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10 000 VISITEURS…

Posté par erwandekeramoal dans Non classé

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Amis du non-conformisme et de la patate douce réunis, bonjour !

Ce mardi 21 décembre restera à jamais marqué d’une pierre blanche dans l’histoire de ce blogue. Pas seulement parce que nous sommes au solstice d’hiver, 1er jour de nivôse de nos amis Républicains, mais au motif qu’un pèlerin avisé a franchi cette nuit les portes de l’ermitage virtuel que sont « les cénobites tranquilles » sans savoir qu’il était le 10 000è visiteur à fréquenter ce havre de résistance.

10 000…C’est Héneaurme, dirait Luchini. Eh, ho, « Memento mori » lui répondrait mon aïeule, qui trouvait toujours une bonne raison de garder les pieds sur terre et qui avait fait ses humanités chez les soeurs. En effet, « N’oublie pas que tu es mortel » c’est ce que la sagesse populaire soufflait aux généraux Romains lors de leur triomphe. En d’autres termes et pour rester à Rome, « Il n’y a qu’un pas du Capitole à la roche Tarpéienne« , ou encore, comme dirait Riri de Montmartre « aujourd’hui tu t’la pête, et demain tu t’ramasses…« . Voila pour les considérations blogosphériques du jour qui est celui de la tourbe.


La tourbe, a été pendant longtemps la principale production du Yeun Elez, cette zone marécageuse située au coeur des Monts d’Arrée (Finistère) sous le regard vigilant de nos géants de granite: Roc’h Trevezel, Roc’h Trédudon, Menez Kador. La légende situe ici même, au coeur de ces tourbières, les portes de l’Enfer: Le Youdig.(Si vous passez dans le coin, il existe une ferme auberge du même nom et qui se targue de faire le meilleur Kig ha farz du monde) Voici ce qu’en dit Anatole Le Braz dans « La légende de la Mort »:  « On dirait, en été, une steppe sans limites, aux nuances aussi
changeantes que celles de la mer. On y marche sur un terrain élastique,
tressé d’herbes, de bruyères, de jonc. A mesure qu’on avance, le terrain
se fait de moins en moins solide sous les pieds : bientôt on enfonce
dans l’eau jusqu’à mi-jambes et, lorsqu’on arrive au cœur du Yeun, on se
trouve devant une plaque verdâtre, d’un abord dangereux et de mine
traîtresse, dont les gens du pays prétendent qu’on n’a jamais pu sonder
la profondeur. C’est la porte des ténèbres, le vestibule sinistre de
l’inconnu, le trou béant par lequel on précipite les « conjurés ». Cette
flaque est appelée le Youdig (la petite bouillie) : parfois son eau se
met à bouillir. Malheur à qui s’y pencherait à cet instant : il serait
saisi, entraîné, englouti par les puissances invisibles
»

« Sant Mikêl vraz a oar an tu d’ampich ioual ar bleizi-du » ( Le grand saint Michel sait la manière d’empêcher de hurler les loups noirs ) allusion à la chapelle Saint Michel de Braspart qui domine le Yeun Elez. Voila ce que l’on répond à ceux qui ont eu le malheur de s’égarer dans le marais et qui disent avoir entendu hurler les chiens de la mort.

A partir de 1936, un tiers des tourbières a été noyé et a disparu sous le lac St Michel, retenue d’eau artificielle, réalisée pour alimenter la centrale électrique de Brennilis, aujourd’hui en cours de démantèlement. (A gauche une photo d’exploitation de tourbe.)

L’abondance de la tourbe dans le marais et le manque de bois dans la région a entraîné depuis un temps
immémorial son exploitation. La preuve la plus ancienne connue d’extraction de la tourbe à cet endroit est la mention dans un
inventaire après décès d’une pelle de fer à tirer les mottes (le
louchet) qui a été adjugée six sols à Hervé Le Pichon, le 29 décembre
1709, lors de la vente des biens de Valentin Pichon, décédé en 1707 au
village de Rochangaizec (Roc’h ar Hézec), territoire de Botmeur,
paroisse de Berrien, en plein coeur du Yeun Elez.

La tourbe était extraite tout autour du Yeun sur les communes de Botmeur, Brennilis, Braspart. Les meilleures tourbes étaient celles du Yeun ar Park et de Yeun Vras où l’on trouvait une tourbe noire (mouded-du) en gisements très profonds d’excellente qualité. Traditionnellement, chaque habitant des paroisses limitrophes pouvait y
faire librement sa provision de tourbe pour l’hiver, car les terres du
marais étaient indivises, « vaines et vagues »(j’ai un copain, salut Jean-Jo, qui a écrit une thèse remarquable sur les terres vaines de Bretagne). Avec le partage des « communs » aux alentours de 1860, les
habitants devinrent propriétaires de tel ou tel lot,
attribués initialement en fonction de la taille de chaque famille, qui
devait la partager avec ses enfants.. Au pied du « Tuchen Kador », non loin de
la route Morlaix-Quimper et du lieu-dit « Korn Cam », se trouvait au
début du XXème siècle une usine d’où l’on extrayait et broyait la tourbe. (A droite, une photo du Yeun-Elez, à l’horizon la chapelle du mont St Michel de Braspart)

Une ferme consommait cinq à six charretées de tourbe dans l’année,
jusqu’à dix charretées dans certaines familles. La tourbe de la « Yeun
Vraz » était un excellent combustible qui se consumait lentement et
dégageait beaucoup de chaleur.(Ici à gauche on voit le stockage de la tourbe)

Le seul inconvénient, outre la fumée et l’odeur acre, était que la
fonte des marmites et des chaudrons résistait bien moins longtemps à un
feu de tourbe qu’au feu de bois, probablement en raison de certains
composés chimiques contenus dans la tourbe. L’odeur était telle que les
voyageurs, les pilhaouers (chiffonniers) par exemple, lorsqu’ils rentraient de voyage, sentaient l’odeur de leur
pays dès qu’ils franchissaient les crêtes de l’Arrée entourant le Yeun.
Les mauvaises langues prétendaient même que, sur les marchés du Léon, on reconnaissait un « montagnard » à l’odeur de la tourbe qui imprégnait ses vêtements!.

C’est un peu long, je m’arrête là avant de faire fuir le 10 001è visiteur. Allez, merci encore, portez vous bien et à demain peut-être.